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Un auteur, un livre, des réflexions, et moi...!

 

NIETZSCHE Friedrich W. AURORE Livre premier index : 1
 
 
Nietzsche en 1883
Détails

Platon
11. Morale populaire et médecine populaire. Chacun travaille continuellement A parfaire la morale qui règne dans une communauté : la plupart entassent exemples sur exemples du prétendu rapport de cause à effet, de faute à punition, ils en confirment le bien-fondé et accroissent son crédit : quelques-uns se livrent à de nouvelles observations sur les actions et leurs conséquences et en tirent des conclusions et des lois : la minorité achoppe ici ou là et affaiblit le crédit de la tradition sur certains points. - Mais tous se ressemblent par la démarche grossière, non scientifique de leur activité; qu'il s'agisse d'exemples, d'observations ou de réticences, de la preuve, de la confirmation, de l'énonciation ou de la réfutation d'une loi, - matière et forme sont tout aussi dépourvues de valeur que la matière et la forme de toute médecine populaire. Médecine populaire et morale populaire vont de pair et ne devraient plus être appréciées aussi différemment qu'on persiste à le faire : ce sont les deux plus dangereuses des pseudo-sciences. 12. La conséquence surajoutée. On croyait autrefois que le succès d'un acte n'en était pas la conséquence mais venait s'y ajouter gratuitement - et cela grâce à Dieu. Peut-on imaginer pire confusion! ll fallait faire des efforts distincts pour agir et pour obtenir un résultat : d'un côté les moyens, de l'autre les pratiques l 13. Pour l'éducation nouvelle du genre humain. A l'aide, gens secourables et, de bonne volonté, une tâche vous attend : débarrasser le monde du concept de punition qui l'a infesté tout entier! Il n'est pire infection. On n'a pas seulement placé ce concept dans les conséquences de nos actes - et pourtant, quelle monstruosité, quelle déraison il y a déjà à considérer cause et effet comme cause et punition ! - on a fait plus et, grâce à l'infâme sophistique du concept de punition, on a entièrement dépossédé de son innocence la pure contingence de ce qui advient. On a même poussé la frénésie jusqu'à enjoindre d'éprouver l'existence elle-même comme une punition, on dirait que l'éducation de l'humanité a été dirigée jusqu'à présent par l'imagination déréglée de geôliers et de bourreaux l l4. Signification de la démence dans l'histoire de la moralité. Si malgré cette effroyable pression de la « moralité des mœurs « sous laquelle vécurent toutes les communautés humaines bien des millénaires avant nos calendriers, et même à l'intérieur de ceux-ci en gros jusqu'à nos jours (car pour nous, nous vivons dans le petit univers des exceptions et pour ainsi dire dans la zone mauvaise) si malgré tout, dis-je, des pensées, des tendances et des jugements de valeur nouveaux et irréguliers n'ont jamais cessé d'éclore, ce fut toujours en terrifiante compagnie : presque partout c'est la démence qui fraye la voie de la pensée neuve, qui lève l'interdit d'une coutume, d'une superstition respectée. Comprenez-vous pourquoi il fallait que ce fut la démence? Quelque chose d'aussi effrayant et imprévisibles dans la voix et les gestes que les caprices démoniaques de l'orage et de la mer, et donc d'aussi digne de crainte et d'attention qu'eux? Quelque chose qui portât aussi visiblement le signe de l'incontrôlable que les convulsions et la bave de l'épileptique, qui semblât ainsi désigner l'insensé comme le masque et le porte-voix d'une divinité? Quelque chose qui donnât jusqu'au porteur d'une idée nouvelle crainte et tremblement devant lui-même et non plus remords, et le poussât à en devenir le prophète et le martyr? - Tandis qu'aujourd'hui on ne cesse de nous donner à entendre que le génie est pimenté non d'une pointe de sel mais d'une pointe de démence, les hommes d'autrefois avaient tous beaucoup plus tendance à croire que partout où y a démence il y a aussi une pointe de genre et de sagesse -, quelque chose de « divin » comme on se le murmurait à l'oreille. Ou plutôt on s'en expliquait avec assez de vigueur. « C'est par la démence que les plus grands biens sont advenus à la Grèce », disait Platon avec toute l'humanité antique. Faisons un pas de plus : tous les hommes supérieurs qui se sentirent irrésistiblement poussés à briser le joug d'une moralité quelconque et à instaurer de nouvelles lois n'eurent pas d'autre solution, s'ils n'étaient pas réellement déments, que de se rendre déments ou de se donner pour tels - et cela vaut pour les novateurs dans tous les domaines, et non pas seulement celui des institutions sacerdotales et politiques: - même l'inventeur du mètre poétique dut se faire accréditer par la démence.


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Most recent revision 16/08/2002